Dès l'implantation du jardin, j'ai eu l'idée de compléter mes
observations sur l'acclimatation par des plantations ailleurs,
réalisées par quelques essais de boutures ou rejets de reste, dans la
nature, d'abord isolés, puis de manière plus méthodique, afin d'avoir
de nombreux éléments de comparaison selon l'altitude, la position par
rapport au fond de vallée et la position plus ou moins interne en
montagne. Ils ont eu lieu essentiellement durant quatre années, toujours
en mars-avril, afin d'assurer au mieux la reprise en période favorable
en température et humidité, tout en laissant à la plante le temps de
s'installer avant l'hiver suivant. Les plantations ont toujours été faites en
milieu favorable: bien ensoleillé, sur terrain bien drainé (rochers
calcaires), le plus souvent sur pente à peu près au sud, plus ou moins
abrité des vents froids par le relief ou la végétation, parfois sur le
plat ou en exposition plus ventée, pour comparer. J'ai commencé
par planter des Opuntia inermis et des Agave americana americana
(le gris), dont je disposais abondament, puis ce fut bien plus
varié, avec même d'autres genres de cactus et autres succulentes. Je
prenais soin de choisir des zones très dégagées, afin qu'un ombrage de
la végétration environnante ne puisse se manifester avant longtemps
(disons, une vingtaine d'années). Je faisais un petit trou, juste
suffisant pour pouvoir planter et j'arrachais les herbes éventuelles à
proximité immédiate.
J'ai donc choisi des
facettes édapho-topographiques xérothermiques depuis les côteaux
mollassiques* au sud de Toulouse jusqu'aux chaînons calcaires de moyenne
montagne dans le bassin de l'Ariège. Les altitudes variaient de 240 à
1375 m. Deux essais ont été pratiqués dans les garrigues du
Bas-Languedoc, comme référence de région déjà connue comme favorable.
J'en profite pour signaler que je ne suis pour rien dans l'implantation
du dangereux et envahissant
Cylindropuntia rosea à Celles (34), que le
Conservatoire du Littoral a du éradiquer avant qu'il ne s'étende trop.
Les premières observations peu après les premières plantations ont fait
apparaître deux entraves majeures à cette expérimentation, amplement
confirmées par la suite.
1° -
La croissance des plantes est considérablement réduite par rapport à celle obtenue au jardin, dans un volume suffisant de terre travaillée, sans concurrence d'autres plantes, même sans apport d'engrais.
Il est évident que la concurrence des racines de la végétation
naturelle, déjà bien implantée dans le sol est trop forte, sous ce
climat,
pour que les succulentes exotiques puissent se maintenir
de manière pérenne. Certes, certaines peuvent être envahissantes en
région méditerranéenne, mais c'est sur sol plus profond, sous climat
plus sec et de toutes façons, en laissant faire la nature, elles
finiraient pas être éliminées lors de l'installation inéluctable de la
forêt. Seules les situations où le sol est très réduit, là où les
succulentes locales sont déjà les seules à survivre, permettraient la
survie durable des exotiques les plus rustiques (le froid restant un
facteur limitant pour les autres), au prix d'un développement très
réduit.
Les autres essais réalisés par
d'autres personnes dans des conditions similaires, même en région
méditerranéennes (plantation dans la garrigue), montrent un
développement nul à modéré selon les situations. Manifestement, il est
fréquent qu'il n'y ait pas de formation de raquette chaque
année. Curieusement, celles qui apparaissent atteignent parfois une
taille normale.
2° -
Le piétinement par les animaux sauvages ou domestiques (le
pâturage extensif est très fréquent) est un autre gros facteur
limitant: les plantes sont souvent plus ou moins arrachées, parfois
complètement, ce qui nécessite une reconstitutrion du système
racinaire, qui n'est pas faite pour accélérer la croissance! Les
raquettes sont souvent abîmées, voire cassées ou détachées, ce qui
limite le développement du pied-mère, tout en favorisant l'apparition
d'une petite colonie.
Afin d'y remédier,
autant que possible, j'ai évité les zones trop pâturées, planté à
l'écart des sentes tracées par le piétinement, choisi un microrelief
censé éviter le passge fréquent, disposé des pierres autour des plants
pour prévenir l'arrachement. Il est difficile de dire ce celà a limité
les dégâts, toujours présents.
Pour éviter le
prélèvement des plantes par des animaux plus évolués qui les trouvent
belles et qui peuvent se servir en passant par là, j'ai pris soin de
choisir des endroits aussi peu fréquenbtés que possible et hors
de vue depuis les sentiers.
Entre tout, on observe les traces de nombreux accidents, climatiques ou
autres: articles ou feuilles cassés, plus ou moins pourris ou séchés.
Même si la plante repousse, tout celà contribue à un faible
développement. En outre, les articles sont souvent petits ou (et)
jaunes, ce qui contribue à limiter la nourriture de la plante. Parfois,
certaines plantes sont dans un
tel état qu'elles sont difficilement reconnaissables.